Ceci est une fatigue.
Il y a une phrase que je n’oublie pas : « Le travail qui nous fatigue le plus est celui que l’on n’a pas fait. » Plus le temps passe, plus je mesure combien c’est vrai. Ce sont précisément les tâches qu’on repousse, les décisions qu’on diffère, les conversations qu’on évite qui nous épuisent le plus. Pas le faire — le ne-pas-encore-fait. Ce fardeau invisible suspendu au-dessus de nos têtes, qui nous suit jusque dans les moments de quiétude, qui gâche le film, le dîner, le repos.
Mais il y a une distinction plus profonde encore : il existe trois fatigues, et nous les confondons souvent.
Il y a la fatigue du corps. La plus simple. On sait la réparer : par le sommeil, la nourriture, le repos. Et paradoxalement, c’est en fatiguant le corps qu’on le renforce. L’effort physique a même cette vertu étrange de rafraîchir l’esprit.
Il y a la fatigue de l’esprit. Celle qui vient après des heures de concentration. On n’a pas bougé, et pourtant on est vidés. Mais elle aussi se soigne : il suffit de mettre l’intellect en veille, de faire autre chose.
Et puis, il y a la troisième. La plus sourde, la plus difficile à nommer : la fatigue de l’âme. Cet état où le corps est reposé, où l’esprit fonctionne, mais où plus rien ne fait sens. Où l’on avance par devoir, par habitude, sans élan. C’est la fatigue de celui qui a été déçu trop de fois, ou qui a perdu quelque chose en chemin sans savoir quoi.
Cette fatigue-là ne se répare ni par le sommeil ni par la distraction : elle se soigne en retrouvant du sens. Et c’est peut-être de cette faim-là que notre époque souffre le plus. Mais il y a de l’espoir : le sens se cultive. Un lien réparé. Un engagement qui nous dépasse. Une beauté contemplée sans raison. Un acte gratuit envers quelqu’un. Le sens ne se trouve pas en se reposant davantage ni en s’occupant plus, il se trouve en se reconnectant à ce qui compte.
Alors, demandons-nous, honnêtement, de quelle fatigue nous souffrons vraiment. Et si ce qui nous manque n’était pas du repos, mais du sens ? Si c’est le cas, la réponse n’est pas de faire moins : c’est de faire ce qui compte vrai. Je nous souhaite de retrouver le nôtre, un fil après l'autre.
Marie ROBERT . Transmis par Maela P.













