Je ne dirais pas que j'ai changé, car il y a des années qu'en fait je me sens être dans ce processus de détachement de moi-même, mais ces mois qui ont suivi cette chute du 5 décembre m'ont rendue consciente que j'avais emprunté le chemin du retour, que j'allais bientôt rentrer à la maison.
Ce jour-là, j'étais au comble de la joie. J'écrivais mes mémoires en anglais . Je vivais une sorte d'état de grâce, comme le plus souvent quand je suis en Inde, je lévitais en quelque sorte en survolant ma vie . Je réalisais que je redevenais, que j'étais redevenue, cette jeune personne à qui j'avais promis de ne pas me fondre dans la masse. J'avais gardé, derrière bien des chagrins infligés, une âme d'enfant, une forme de pétulance, de curiosité bienveillante, d'enthousiasme pour la vie, et je m'étais dit ce matin-là, que la " petite Anne" en moi, je ne l'avais pas trahie.
Mon enfance et mon adolescence n'ont pas été heureuses. Je les ai vécues en numéro de casiers de consigne , un peu comme si mes parents m'avaient oubliée et m'avaient laissée enfermée dans différentes gares, qu'elles aient pour nom : nourrice, colonie de vacances, pension catholique, lycée ou grand-tantes paysannes, et je m'émerveillais de m'être débrouillée pour avoir déniché, malgré tout, un double de leurs clés : je m'en étais sortie. J'ai vite compris que ce ne sont jamais les événements qui causent nos souffrances, mais l'interprétation que nous en faisons. Foi en l'Univers, confiance, positivité, j'm'en foutisme, résilience, authenticité: les outils ne m'ont pas manqué.
J'étais si fière de mon parcours , si reconnaissante de l'endroit où la vie m'avait finalement menée !
Un grand amour m'avait sauvée . Une volonté d'Aimer "sans retour," envers et contre tout et tous en ne comptant que sur moi-même, m'avait offert une direction, m'avait forgé une sorte de mission. J'avais fait de cette petite vie de rien, un destin ! L'ayant bien mérité, je suis allé me faire masser....
Et puis je suis tombée . Sur une marche en pierre d'abord, puis de l'autre côté ! Du côté de mon âge, avancé, des hospitalisations, des interventions, de la rééducation...
Mais j'ai vite vu qu'épuisée comme j'ai été, je ne pouvais, ni écrire, ni lire, ni créer , ni penser
Et j'ai bien fait de ne pas lutter car durant ces 6 premières semaines, vécues en zombie presque, que ce soit pour cause d'anémie, de malnutrition, de transfusions et de réactions aux nombreux antibiotiques censés combattre les nombreuses infections, j'ai vite compris l'opportunité que j'avais de me désentitifier consciemment , de sortir de moi-même, de prendre la porte de sortie et de considérer désormais la vieillesse comme ma meilleure amie .
Et j'ai bien fait de n'en rien penser, car quand les forces sont un peu revenues, j'étais comme décapée, récurée. Il n'y avait plus matière à penser. Ce que j'avais perdu dans la forme, je l'avais gagné en conscience . J'étais vivante. Point Barre. Rien à prouver, rien à cirer. Aujourd'hui je n'ai à m'occuper que de ma vie intérieure, ayant clairement vu que ma vie extérieure avait changé de forme dans le temps et cette incarnation n'était, à part le service qu'elle m'a permis de rendre, qu'une expérience parmi tant d'autres. Or il se trouve que ma vie intérieure est tapissée de tendresse, moquettée de sagesse,et ne connaît aucun des stress que s'invente l'Ego. Tout y est comme il faut ; juste parfait ! Je m'y fais.





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