jeudi 1 octobre 2026

La bascule

Un ami demande à Chris Mog ( Facebook) « Qu’avons-nous fait de travers pour nous approcher aussi près du précipice ? Que s’est-il passé ? Où et quand se situe le point de bascule ?  




« Le monde est devenu cher le jour du 31 décembre 1999, alors que la tempête ravageait la France en deux séquences d’une rare intensité et que nous retirions nos premiers euros au distributeur. Le monde est devenu géopolitiquement violent le 11 septembre 2001, le jour où Babel fut touchée en plein cœur. Quelques hommes armés de cutter ont fait basculer la planète dans l’horreur, puis la vengeance américaine nous a entraîné vers l’effroi. Partout des bombes, partout la vengeance des bombardés, partout la radicalisation, partout la guerre sainte. Le monde est devenu fou, le jour où les réseaux sociaux ont remplacé les médias, le jour où le primat des commentaires a chassé la vérité. Le monde s’est définitivement déshumanisé le jour où quelques génies de la tech ont franchi le pas de l’opérabilité de l’intelligence artificielle à des fins commerciales. Le monde s’est sabordé le jour où la nature a décidé de se venger de l’homme. Le monde se souviendra que nous étions des hommes le jour où nous ne pourrons plus le changer mais uniquement le subir. Tous les siècles furent sanglants. Peu échappe à la règle. Et nos maigres années de paix et de glorieuses épopées économiques ont fait surgir le triomphe de l’argent et ont sanctifié l’esprit bourgeois et galvanisé l’abandon des consciences. Plus de nuances, que de l’uppercut, plus d’empathie, la peur, toute la peur disponible, celle de l’autre, de son voisin, de sa propre femme, de nos enfants, du mariage, du travail, du silence, de l’anonymat, de tout ce qui change, qui bouge, qui frémit et qui invente. La peur d’aimer aussi. La peur de perdre. La peur et toute son énergie destructrice et fascisante. Quel fracas lorsque la porcelaine même de la planète Terre se brise. Quel bruit épouvantable lorsque la terre s’éventre, que l’architecture ne bâtit que pour voir les façades s’écrouler, que les chercheurs ne cherchent que ce qui peut nous faire évanouir. Nous avons pêché d’une formidable et indépassable légèreté, il ne fallait jamais dramatiser au cours des dîners en ville. Il fallait d’abord jouir, de Courchevel à Ibiza, perclus de drogues et d’alcools et de toutes les substances supposées rendre l’humain heureux. Nos antidépresseurs, plus ou moins naturels, disaient déjà tout de nous et de nos lâchetés. La vie semblait trop rude, trop contraignante sans le monde artificiel que l’Occident a érigé en mode de vie. Alors maintenant, nous y sommes. À l’aujourd’hui. Et qu’allons-nous faire ? Nous sommes en délicatesse avec nous-mêmes, nous avons tellement menti pour parvenir à vieillir un peu ».

L'automne vu par Chris Mog

 

Soon

"Ciel gris foncé. C’est une journée sans motif. Presque nue. L’automne étonne, entonne et chantonne, cette saison est capable de se lever en hiver, de déjeuner en été et de se coucher avec le printemps. L’automne est une saison d’entre-deux, la sœur du printemps, elle jaunit puis rougit la nature pour mieux pouvoir l’éteindre, alors que sa jumelle la verdit et la réveille. Je ne pensais pas écrire ces mots sur l’homothétie des équinoxes, je ne pensais pas écrire tout court. "

Et bien merci Chris de l'avoir fait si joliment.

Bon et bel Octobre, le mois de l'harmonie, à chacun et à tous .

La résonance du coucou

 


Ceci est un coucou.

Je suis tombée sur un article qui m'a fait sourire, puis réfléchir. Une femme y raconte une chose minuscule qui la rend heureuse : faire coucou. Au laveur de carreaux sur la façade d'en face, aux enfants dans le bus, aux skieurs sur les télésièges, au grutier tout là-haut. Presque à tous les coups, on lui rend son signe. Et chaque fois, cela la met en joie. Un rien. Un geste de la main.
Et pourtant, quelque chose d'immense se joue là-dedans. Car ce petit geste a des racines profondes. Les spécialistes de l'évolution disent qu'il vient d'une posture non menaçante : montrer une main vide et ouverte, c'est dire « je ne suis pas armé, je te veux du bien ».
Saluer, c'est désamorcer la méfiance, tendre un pont. Celui qui fait signe se montre. Celui qui répond reconnaît sa présence. Deux êtres, l'espace d'un instant, se disent : je te vois, et tu me vois. Grâce à nos neurones miroirs, le geste est même contagieux, comme un sourire, mais avec la main. Un simple coucou peut produire du bonheur à la chaîne.
Mais ce qui me touche le plus, c'est le pari qu'il contient. Car faire signe à un inconnu n'est pas sans risque. Le geste peut rester suspendu, sans réponse. Et c'est précisément ce qui le rend beau.
Faire coucou, c'est parier que l'échange finira bien, que l'autre recevra notre intention. Un petit acte de confiance envers l'humanité. Un pari sur la bonté des gens. Et la plupart du temps, ce pari est gagné. Le laveur de vitres répond d'un geste joyeux, l'enfant dans le bus agite ses deux mains comme si on lui avait confié une mission secrète. L'espace d'un instant, nous sommes complices, reliés par ce rien du tout.
Le sociologue Hartmut Rosa appelle cela la résonance : ce moment où deux êtres entrent en vibration, sans calcul, sans revendication. Un bref pas de danse entre deux vies qui se croisent.
Alors faisons coucou, au monde et à ceux qui le peuplent. Et si la grisaille devenait, grâce à ce rien, un peu moins grise ? Je nous souhaite de faire coucou, car une main qui se lève vers un inconnu, c'est un cœur qui dit, je crois encore en toi.
Marie ROBERT
posté sur FB par Maela P.

D'enfer, la gamine !