Un ami demande à Chris Mog ( Facebook) « Qu’avons-nous fait de travers pour nous approcher aussi près du précipice ? Que s’est-il passé ? Où et quand se situe le point de bascule ?


« Le monde est devenu cher le jour du 31 décembre 1999, alors que la tempête ravageait la France en deux séquences d’une rare intensité et que nous retirions nos premiers euros au distributeur. Le monde est devenu géopolitiquement violent le 11 septembre 2001, le jour où Babel fut touchée en plein cœur. Quelques hommes armés de cutter ont fait basculer la planète dans l’horreur, puis la vengeance américaine nous a entraîné vers l’effroi. Partout des bombes, partout la vengeance des bombardés, partout la radicalisation, partout la guerre sainte. Le monde est devenu fou, le jour où les réseaux sociaux ont remplacé les médias, le jour où le primat des commentaires a chassé la vérité. Le monde s’est définitivement déshumanisé le jour où quelques génies de la tech ont franchi le pas de l’opérabilité de l’intelligence artificielle à des fins commerciales. Le monde s’est sabordé le jour où la nature a décidé de se venger de l’homme. Le monde se souviendra que nous étions des hommes le jour où nous ne pourrons plus le changer mais uniquement le subir. Tous les siècles furent sanglants. Peu échappe à la règle. Et nos maigres années de paix et de glorieuses épopées économiques ont fait surgir le triomphe de l’argent et ont sanctifié l’esprit bourgeois et galvanisé l’abandon des consciences. Plus de nuances, que de l’uppercut, plus d’empathie, la peur, toute la peur disponible, celle de l’autre, de son voisin, de sa propre femme, de nos enfants, du mariage, du travail, du silence, de l’anonymat, de tout ce qui change, qui bouge, qui frémit et qui invente. La peur d’aimer aussi. La peur de perdre. La peur et toute son énergie destructrice et fascisante. Quel fracas lorsque la porcelaine même de la planète Terre se brise. Quel bruit épouvantable lorsque la terre s’éventre, que l’architecture ne bâtit que pour voir les façades s’écrouler, que les chercheurs ne cherchent que ce qui peut nous faire évanouir. Nous avons pêché d’une formidable et indépassable légèreté, il ne fallait jamais dramatiser au cours des dîners en ville. Il fallait d’abord jouir, de Courchevel à Ibiza, perclus de drogues et d’alcools et de toutes les substances supposées rendre l’humain heureux. Nos antidépresseurs, plus ou moins naturels, disaient déjà tout de nous et de nos lâchetés. La vie semblait trop rude, trop contraignante sans le monde artificiel que l’Occident a érigé en mode de vie. Alors maintenant, nous y sommes. À l’aujourd’hui. Et qu’allons-nous faire ? Nous sommes en délicatesse avec nous-mêmes, nous avons tellement menti pour parvenir à vieillir un peu ».
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