jeudi 1 octobre 2026

La résonance du coucou

 


Ceci est un coucou.

Je suis tombée sur un article qui m'a fait sourire, puis réfléchir. Une femme y raconte une chose minuscule qui la rend heureuse : faire coucou. Au laveur de carreaux sur la façade d'en face, aux enfants dans le bus, aux skieurs sur les télésièges, au grutier tout là-haut. Presque à tous les coups, on lui rend son signe. Et chaque fois, cela la met en joie. Un rien. Un geste de la main.
Et pourtant, quelque chose d'immense se joue là-dedans. Car ce petit geste a des racines profondes. Les spécialistes de l'évolution disent qu'il vient d'une posture non menaçante : montrer une main vide et ouverte, c'est dire « je ne suis pas armé, je te veux du bien ».
Saluer, c'est désamorcer la méfiance, tendre un pont. Celui qui fait signe se montre. Celui qui répond reconnaît sa présence. Deux êtres, l'espace d'un instant, se disent : je te vois, et tu me vois. Grâce à nos neurones miroirs, le geste est même contagieux, comme un sourire, mais avec la main. Un simple coucou peut produire du bonheur à la chaîne.
Mais ce qui me touche le plus, c'est le pari qu'il contient. Car faire signe à un inconnu n'est pas sans risque. Le geste peut rester suspendu, sans réponse. Et c'est précisément ce qui le rend beau.
Faire coucou, c'est parier que l'échange finira bien, que l'autre recevra notre intention. Un petit acte de confiance envers l'humanité. Un pari sur la bonté des gens. Et la plupart du temps, ce pari est gagné. Le laveur de vitres répond d'un geste joyeux, l'enfant dans le bus agite ses deux mains comme si on lui avait confié une mission secrète. L'espace d'un instant, nous sommes complices, reliés par ce rien du tout.
Le sociologue Hartmut Rosa appelle cela la résonance : ce moment où deux êtres entrent en vibration, sans calcul, sans revendication. Un bref pas de danse entre deux vies qui se croisent.
Alors faisons coucou, au monde et à ceux qui le peuplent. Et si la grisaille devenait, grâce à ce rien, un peu moins grise ? Je nous souhaite de faire coucou, car une main qui se lève vers un inconnu, c'est un cœur qui dit, je crois encore en toi.
Marie ROBERT
posté sur FB par Maela P.

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