jeudi 2 novembre 2023

Famille Indienne

1 ) L'Inde est un pays empli de rites, de traditions et de pratiques basées sur la bienveillance et le partage. La famille y est donc très importante. Beaucoup de jeunes même encore aujourd'hui font confiance à leur famille pour leur trouver la bonne épouse ou le meilleur époux . Et si ça se fait moins depuis une ou deux décennies, les plus âgés qui en ont l'expérience le déplorent, car apparemment ça marchait vraiment bien cette vocation de départ à s'entendre.  A faire de la limonade avec les citrons sans rêver d'orangeade. 9 mariages sur 10 sont encore arrangés, ça ne veut pas dire forcés. Avant le mariage plusieurs rencontres sont organisées. Il y a tout un temps de réflexion. Les jeunes gens ont été assemblés le plus souvent avec le concours d'un astrologue qui étudie les compatibilités  des thèmes,  souligne les mauvais penchants à corriger, les qualités à exalter. Et l'aventure peut commencer  avec les sacrifices qu'elle implique puisque l'on a choisi de rendre l'union sacrée! Perçue comme un acte de bienveillance pour la progéniture. Il n'y a qu'environ 7% de divorce, chiffre qui a septuplé ces dix dernières années  car en 2012 le taux officiel n'était que d'1,1% sans doute aussi à cause des traditions, des liens entre les familles, des choix faits après réflexion, de la dépendance financière de l'épouse aussi parfois



Cela peut nous surprendre mais ils sont tout aussi surpris que nous puissions encore nous laisser avoir par le mariage d'amour que l'on prône tant à l'évidence car il n'y voit  la plupart du temps qu' une illusion passagère à laquelle nous nous laissons prendre avant de nous en mordre les doigts et de soit se séparer, soit commencer le vrai travail qu'eux  entament tout de suite : devenir pour l'autre le meilleur compagnon qui soit, celui qui lui permettra d'être au mieux de lui-même et de manifester  au mieux son talent. 


Michel disait toujours que le mariage ne devait pas être fondé sur une inclination émotionnelle , encore moins sur une attraction physique mais au moins sur un choix réfléchi si ce ne pouvait l'être sur  une vision spirituelle . Il faut dire qu'il était un peu indien non ? 

Je le lui disais souvent ; quelques heures avant de mourir , revoyant ses vies je suppose, il me dit que j'avais raison, qu'il venait bien des "Hauts Plateaux ". 


2 ) Ils ont du mal a comprendre pourquoi je ne vis pas avec mes filles. 

Bien sûr, Mandy aurait largement les moyens d'avoir son propre appartement, après 25 ans de pratique, mais ca ne lui viendrait pas à l'idée de laisser ses parents vieillissant seuls alors il vit chez eux comme la chose la plus naturelle du monde; comme ça se fait ici;  comme je l'ai fait aussi.  Chacun a une chambre à un bout et à l'autre de l'appartement ; la cuisine et le salon  et la salle d'eau les séparent. Chacun se sent à l'aise de rester dans son coin quand bon lui semble et bien sûr d'aller venir à sa guise. Jamais une ombre. Beaucoup de respect, d' écoute mutuelle et de reconnaissance. Ni critique,  ni remarque désobligeante. Jamais un mot sur l'épouse qui s'est enfuie, tentée par  la vie occidentale.  Puisque la maman d'Asmi , n'ayant pas eu le courage de refuser alors le beau et bon parti arrangé est, au bout de quelques années, partie en Australie, les grands parents  trouvent de leur responsabilité de participer à l'éducation de cette brillante jeune femme qui sera psychologue. 


"Cette structure familiale indienne peut surprendre, mais il faut comprendre que la famille constitue l'unité de base de la société indienne, elle est plus importante que l’individu lui-même (on est donc loin de l’individualisme, caractéristique de l’Occident). La famille prend en effet les fonctions de protection qui ne sont pas fournies par le gouvernement et soigne les malades, héberge les personnes âgées, et prend en charge les chômeurs. L’Indien vit dans sa famille, par sa famille et pour sa famille." 

Depuis des générations les cousins et cousines de cette famille sont tous intensément liés. Les réunions nécessitent un peu d'organisation, tant ils sont nombreux, mais elles sont régulières.  Si je demande à Anuradha si elle aime bien ses belles-soeurs, elle trouve ma question plus que saugrenue : déplacée ! Si vous n'aimez pas tout un chacun , surtout les gens de votre famille c'est que vous avez du travail à faire sur vous , c'est que vous avez à ouvrir plus votre coeur.  Ca va de soi, Missis Ketkar ! 

Le fils


Et frère bienveillant  : MANDAR  47 ans , sportif , grand , toutes ses dents 


Dentiste de son état .  Divorcé 
Vit chez ses parents qui élèvent avec lui sa fille très chérie ASMI, 18 ans 

La fille


MEENAL est mariée à PARAG Harolikar et est très liée à son petit frère Mandar dit Mandy. 



 Ils vitvent aux Usa avec leurs deux enfants Sanya 18 ans et Ronan 22

Je me suis arrêtée chez eux 2 nuits lors de mon tour du monde 



Ici la famille proche de Meenal , frère Mandar , père Mohan , mère  Anuradha, époux Parag, leurs deux enfants, Sanya , Ronan  et la nièce Asmi ,

La mère

 


La MERE, ANURADHA, 76 ans. Quand je l'ai connue elle était bibliothécaire dans un grand collège. Service rendu, sa famille est désormais  toute sa vie .

"Cette structure familiale indienne peut surprendre, mais il faut comprendre que la famille constitue l'unité de base de la société indienne, elle est plus importante que l’individu lui-même (on est donc loin de l’individualisme, caractéristique de l’Occident). La famille prend en effet les fonctions de protection qui ne sont pas fournies par le gouvernement et soigne les malades, héberge les personnes âgées, et prend en charge les chômeurs. L’indien vit dans sa famille, par sa famille et pour sa famille. " Voir ses enfants, réussir et être heureux est la plus grande des récompenses.


Elle cuisine à merveille avec des quantités d'épices dont elle connait les propriétés curatives . La nourriture toujours délicieuse et variée est concoctée avec le plus grand soin car la santé est ici le plus grand  des bienfaits.  Et le corps est  le temple de l'esprit, comme il nous l'est rappelé à nous aussi. Personne  dans cette famille n'aurait idée de le souiller d'alcool ou de fumée ou de ne pas l'entretenir. Debout à 5:30 , elle a déjà fait sa promenade hygiénique quotidienne avec une amie, avant de confectionner le petit-déjeuner de son mari, de son fils, de sa petite fille  et de préparer  pour ces deux là, la "lunch box. L'une la dégustera à l'Université  et l'autre dans son cabinet dentaire entte deux patients. 

Pour le petit déjeuner : fruits frais, céréales, omelette  épicée sur 2 toasts grillés.


Une jeune fille vient faire le ménage, une autre vient hâcher les légumes menu et préparer la pâte à chapatis que nous mangerons le midi. L'après midi la maîtresse de maison regarde la télé, you tube,  ou fait des mots croisés,  avant de préparer le Dhal, les Samoussas , les dosas et la Raïta pour le soir 


"Consommé quotidiennement en Inde, au Pakistan et au Sri Lanka, le chapati est un pain plat à base de farine de blé complet, qui possède la particularité d’être dépourvu de levure. Pouvant se consommer à chaque repas en guise de pain de table, il se roule aussi en cornets pour déguster la sauce du dahl, célèbre ragoût de légumineuses. Ne nécessitant pas de repos, il est aussi facile à préparer que léger à déguster !"




 Un jeune-homme vient de rapporter la pile de linge qu'Anuradha  fait repasser. 


                       J'aime bien cette idée des petits métiers qui perdurent.

Dans la famille Ketkar , je voudrais :

 Je voudrais le Père 

MOHAN , 80 ans depuis juillet . 

Lorsque j'avais 39 ans je suis venue en Inde pour la première fois. J'étudiais l'analyse transactionnelle et voulais" expérimenter sur le tas ", alors Remi Filliozat, mon instructeur d'alors, m'a conseillé de contacter Jacquie Schiff, une psychologue clinicienne américaine qui avait travaillé 25 ans à Londres avant de se baser un temps en Israël, mondialement reconnue pour son travail sur les maladies mentales . Elle venait de fonder à Bangalore dans le Karnataka un institut où elle re-parentait des schizophrènes profonds  et avait ainsi évité l'asile à vie à plus d'un. Elle avait accepté que je vienne comme "trainee" l'assister un mois cet été 1982. J'y suis allée et y retournerai aussi l'année suivante, pour m'assurer que j'avais le coeur un peu trop tendre pour les méthodes qu'il m'eût fallu appliquer.


Dans l'avion, j'avais pour voisin un Indien,  Angelo, qui travaillait de Montreal et rentrait en vacances en passant par Paris, qui s'enquit du but de mon voyage. je le lui expliquai et lui révélai que je n'avais pas l'intention de rentrer dans Bombay , que je devais attendre l'avion pour Bangalore  et que mon projet était de camper 2 nuits et un jour et demi à l'aéroport. Il dit qu'étrangère et jolie comme j'étais, Il ne pouvait en être question . Je serais harcelée, probablement volée, bref en danger. Il allait s'en occuper.
Son ami Mohan allait venir le chercher à l'arrivée vers 4h du matin. Il lui demanderait de s'occuper de moi jusqu'au surlendemain. C'est ainsi que Mohan Ketkar entra dans ma vie . Il trouva que je ressemblais à Shirley McLaine , me baptisa Shirle Mac l'Anne   Et avant de raccompagner son meilleur ami à Pune, écluser son jet-lag, il  me confia à sa mère qui m'hébergea à Bombay . Le surlendemain il revint ( je n'avais aucune idée qu'il avait à chaque fois 300 km aller-retour à avaler ! ) . Il me  dit qu'il était marié à Anurhada, qu'il avait 2 enfants,  Meenal et Mandar, 9 et 6 ans. Me ramena à l'aéroport où il me récupérera  à nouveau l'été suivant . 

Je l'ai vu 6 fois en tout en ces 41 ans mais j'ai fini par rencontrer, ici en Europe ou aux USA, sa famille, ses frères, nieces, neveux, petits enfants et je suis devenue la  "Babou" Anne  ou la "Aggi" (adji)  de la bande .Il y a 6 ans j'ai eu le bonheur d'être hébergée chez eux avec Marine et Lila qui, disait-elle, se sent indienne,  quelques jours, alors que son frère Sikrant et son épouse nous avaient reçues à notre arrivée à Bombay



Mandy et sa fille Asmi , Mohan, Lila, et Meenal , Marine , Anne et devant, Sonya la fille aînée de Meenal et de Ketkar 


mercredi 1 novembre 2023

Surprise et retrouvailles

 J'allais prendre dans la journée un autre vol pour Pune, ou peut-être me rendre en taxi à la station de train qui m'y déposait en 2heures et demie...

C'est ce que je me demandais quand j'ai reçu un whatsapp de Mandy, le Dr (en dentisterie) Ketkar, le fils de mes amis Mohan et Anurhada.  Il avait 6 ans quand j'ai rencontré son père il y a 41 ans. Il me disait qu'il avait dépêché un taxi qui m'attendrait dès 6h du matin à l'aéroport de Bombay. Un homme serait à la sortie avec sa pancarte  KKTRANSPORTS et me ramènerait en quelque 3 heures auprès de ses parents qui m'attendraient donc en fin de matinée. 

Et en effet quand je suis sortie à 7 heures un jeune homme qui ne parlait pas anglais mais seulement sourires m'attendait. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, telle un reine, j'étais dans son taxi et traversais Bombay.  Le smog épais, "les slums" encore nombreux, les échoppes fournies, les centaines de motos et de mobylettes, les conducteurs sans casque, nos mères sacrées: les vaches dans les rues, les gens qui vivent sur le trottoir, encore endormis à même le sol, les mendiants estropiés, les guirlandes de fleurs, les cars bondés, les étudiants en uniforme impeccable, les camions boueux, les voitures rayées et "pockées", les légumes et les fruits en abondance, les épices colorées,  les  bougainvilliers . 


Tout ça me disait qu'en effet j'étais arrivée. Nous avons mis 3 heures et demie pour parcourir les 160 km.et traverser ces villes immenses. Les retrouvailles comme toujours ont été émouvantes. L'amour que ces gens parviennent à démontrer m'émeut toujours autant.

 Je devrais bien dormir ce soir.

Aeroport d'Istanbul à nouveau

 Le chauffeur ne parlait pas anglais et a passé l'heure et demie de trajet à se disputer avec sa femme si j'en crois les vociférations en turc, donc pas de repos non plus . Mais l'aéroport quasi monstrueux par sa taille était en vue. Il m'a déposée au départ. Je n'avais plus une livre turque or il m'en eut fallu 25 (l'équivalent de 70 centimes) pour prendre un chariot Bien que la course m'ait coûté 1200 livres, soit un peu plus de 40 euros pour les 50 kilomètres parcourus, il ne lui est pas venu l'idée de me faciliter la vie en m'en offrant un !

 Mais munie de mes deux valises en guise de cannes, ce fut assez simple 

J'allai joyeusement me faire enregistrer au comptoir INDI-GO  pour apprendre que le vol était annulé. Devant mon découragement apparent un jeune homme s'engagea à me coller dans un avion de la Turkish Airlines qui partait pour Bombay sensiblement à la même heure . Je fuis conduite à toute blinde au comptoir de l'enregistrement turc en chaise électrique roulante et de là, débarrassée de Ric et de Rac installée au point d'accueil des handicapés où attendaient environ 160 personnes d'après ce que j'ai pu compter. Une soixantaine pour notre  seul vol! 

  
                                                     Un bout du coin des éclopés

Je me suis retrouvée  assise près d'un couple de Strasbourg au fort accent d'Alsace qui emmenait leur maman fêter ses 89 ans chez son fils installé à Bangkok. Nous avons commenté le luxe des installations, la débauche d'éclairages, le faste des restaurants de la "food court, le volume conséquent des produits de marque en duty free. 





  L'avion était archi plein. Dans le Boeing 777, l'hôtesse me l'a confirmé,  s'étaient entassées  les 408 personnes. qu'il peut embarquer.


J'étais reconnaissante d'en faire partie. Ca devait se voir car l'hôtesse est venue spécialement me dire au bout d'une heure de vol comme j'étais belle. C'est donc que mon âme était de sortie parce que ce ne sont sûrement pas mon gros nez, mes rides profondes et mes cheveux plats qui ont pu lui faire cet effet là. Mais je suis bien en voyage, un peu comme si je sortais de moi pour faire toute la place à l'autre, comme si j'étais vidéé de moi -même par miracle  pour n'accueillir que le présent ,  que ce qui EST là.

4809 kms - 6h10 de vol à une moyenne de 910Km /heure 

J'étais assise près d'une jeune grand-mère indienne de 52 ans  qui revenait de Londres où elle vit avec sa propre famille pour passer 2 mois près de ses vieux parents à Ahmedabad  dans le Gujarat.  Nous ne nous sommes même pas assoupies tant, après le dîner, parler de ses petits enfants, les enfants de sa fille  (3 ans et 2 mois) a occupé le temps...



A Bombay le contraste entre les véhicules électriques de l'aéroport d'Istanbul et les vieilles chaises roulantes d'un autre temps, couïnantes et brinquebalantes de l'aéroport de Mumbai eût été amusant je n'avais pris en compte le travail autrement difficile que les assistants de Bombay avaient à effectuer, poussant le plus souvent deux chaises à la fois d'une seule main, tirant le chariot de valises de l'autre., dans des couloirs très longs eux aussi.